Histoire de la Construction // Intérêt Patrimonial // L'MATA

La Mémoire ouvrière est vivante à la Distillerie

Depuis le démarrage des travaux de réhabilitation de la distillerie de St Pierre de Maillé, nous avons eu à cœur de sauver, conserver, préserver tout ce qui pouvait faire sens au nom de la mémoire collective.

Ainsi, la première étape fut la récupération d'éléments mécaniques provenant de cette usine afin d'en comprendre le processus industriel et d'en préserver l'intégrité autant que faire ce pouvait. Mais il ne s'agissait pas là de la priorité, car les machines sont des produits manufacturés et à ce titre ne sont pas uniques. On peut avec un peu de ténacité retrouver des modèles similaires et ainsi s'en faire une idée juste. En revanche, la vraie priorité fut la sauvegarde de la mémoire des personnes qui furent les acteurs de cette entreprise incongrue que fut l'implantation de la culture et la transformation de la betterave sucrière dans ce secteur.

Quelques interviews...
Un grand merci à Denis Meunier
pour ce beau travail !

Qu'y a-t-il de plus fragile, de plus fugace et de plus volatile que cette mémoire immatérielle, dont la métaphore la plus évocatrice reste : « Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle ! »

Nous avons donc mis en place une petite équipe de collectage pour aller à la rencontre de ces ouvriers, cultivateurs, directeurs, contremaîtres... qui ont tous donné une part de leur vie au fonctionnement de cette usine et dont l'âge avancé pour certain justifiait que nous les rencontrions sans attendre. Après un recensement de ces témoins, équipés d'un enregistreur audio numérique et d'un appareil photo, nous sommes allés les interviewer un par un, en passant un maximum de temps avec eux afin de recueillir l'ensemble de ce qu'ils souhaitaient nous transmettre. Certains membres de cette équipe de collecteurs étaient déjà bien rodés à l'exercice, puisqu'ils avaient travaillé sur le collectage de la mémoire traditionnelle populaire avec le CERDO à Parthenay ainsi que sur la mémoire orale liée à l'usine à chanvre d'Ouzilly (86).

Une vingtaine de témoins ont été enregistrés, tous corps de métiers confondus. Les enregistrements ont été transcrits sous forme d'une synthèse générale afin de les rassembler par thèmes et de recouper toutes ces informations.

En parallèle, nous sommes allés récupérer les archives privées complètes de l'usine qui avaient été déménagées en Ile et Vilaine. Chose rare et suffisamment remarquable pour être soulignée car les fonds privés d'entreprise finissent malheureusement pour la majorité aux ordures.

Nous avons donc aujourd'hui la matière nécessaire pour comprendre et faire revivre à un public large, l'aventure humaine qui s'est déroulée autour de la distillerie. C'est à partir de cette mémoire sauvegardée que nous souhaitons monter le projet du L'MATA. Encourager un regard nouveau sur cette blouse bleue avec laquelle nous, Français, entretenons des rapports ambigus très différents de ceux qu'ont nos voisins Allemands, Anglais ou Italiens. Si le projet du L'MATA peut revendiquer une originalité ce sera celle de bien inscrire dans son contexte humain, la création ex nihilo de cette distillerie industrielle dans un pays non betteravier et de ne pas céder aux sirènes passéistes mais au contraire d'inventer un présent et un futur proche à ce superbe bâtiment qui soit ancré dans notre époque et adapté aux exigences du public actuel.

L'MATA
LIEU de MEMOIRE et d'ACCUEIL TOURISTIQUE ET ARTISTIQUE

La mémoire ne sert à rien si elle ne fait que se souvenir. Elle doit nous servir de tremplin pour créer notre présent, inventer notre avenir, c'est ce pont que La Distillerie jette entre hier et aujourd'hui et qui lie le Lieu de Mémoire au Lieu d'Action Artistique.

Les pièces manquantes de la machinerie ne seront pas remplacées à l'identique par une vaine chasse à la ferraille vide de sens, mais ré-inventées, réincarnées par des artistes plasticiens engendrant la naissance de CRÉAMACHINES.

Interprétation libre de la fonction primale de l'entité mécanique disparue ou de son esthétique. Ainsi la machine à vapeur, poumon de l'usine, pourrait être interprétée comme un souffle vital, les machines de lavage brassant les betteraves pourraient reprendre vie sous la forme d'une bête à mille bras etc... Nous les souhaitons mouvante, c'est à dire porteuse de vie et d'animation pour les espaces qui les acceuillent.

Ce seront des créations éphémères en place pour deux ans maximum et renouvelables sous forme d'appel à concours en collaboration avec les écoles de Beaux Arts, la DRAC et les collectifs de plasticiens de la région. Ainsi, la Distillerie offrira un renouvellement constant au visiteur curieux d'en parcourir les entrailles.

Pour les CRÉAMACHINES également, le système de résidence peut être mis en place et la création aurait tout intérêt (c'est même préférable) à se faire in situ. La Distillerie offre une infrastructure qui se prête bien à ce système avec une bonne capacité d'hébergement et des locaux de création vastes.

Cette orientation de l'activité artistique, vient en complément des répétitions publiques au Café Chaudière, des expositions des festivals d'été mêlant art de rue, musique et performances diverses